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Mon enfant se dévalorise tout le temps : pourquoi et comment l’aider ?

15 janv. 2021
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 août

« Je suis nul. »

« Je n’y arriverai jamais. »

« Personne ne m’aime. »

« Je suis moche. »


Entendre son enfant parler ainsi de lui-même peut être déstabilisant. Le premier réflexe d’un parent est souvent de répondre immédiatement : « Mais pas du tout ! »


C’est compréhensible… mais pas toujours très efficace.

Une remarque négative occasionnelle n’est pas forcément inquiétante. En revanche, lorsqu’un enfant se critique très souvent, transforme la moindre erreur en jugement sur sa valeur ou semble incapable de reconnaître ses qualités, il est utile de chercher ce qui se cache derrière cette petite voix intérieure devenue très sévère.

Pourquoi certains enfants sont-ils si durs avec eux-mêmes ?

Notre dialogue intérieur est la petite conversation que nous entretenons mentalement avec nous-mêmes.

Après une mauvaise note, un enfant peut penser :

« Je n’ai pas assez révisé cette fois-ci. »

Mais un enfant très autocritique risque plutôt de conclure :

« Je suis nul à l’école. »

La différence est importante : dans la première phrase, l’enfant juge une situation. Dans la seconde, il juge sa personne tout entière.

Plusieurs mécanismes peuvent favoriser ce type de discours.

1. La pensée « tout ou rien »

Un match raté devient :

« Je suis nul au foot. »

Une dispute avec une amie devient :

« Personne ne m’aime. »

Une mauvaise note devient :

« Je suis stupide. »

L’enfant transforme un événement particulier en conclusion générale.

Aidez-le à ajouter deux petits mots : « cette fois ».

« J’ai raté mon contrôle cette fois. »

Cela paraît minuscule, mais cela transforme une identité figée en situation temporaire.

2. Le perfectionnisme

Certains enfants ne cherchent pas simplement à bien faire : ils ont l’impression qu’ils doivent réussir.

Une erreur peut alors être vécue comme la preuve qu’ils ne sont « pas assez bons ».

Le perfectionnisme chez les enfants et les adolescents est un phénomène complexe. Des standards élevés ne sont pas nécessairement problématiques en eux-mêmes ; c’est surtout lorsque l’estime de soi dépend fortement de la réussite, que l’erreur devient intolérable ou que l’enfant se critique durement que le perfectionnisme peut devenir source de souffrance.

Petit test

Votre enfant :

  • recommence plusieurs fois un travail pourtant correct ;

  • supporte très mal les erreurs ;

  • évite certaines activités s’il pense ne pas être bon immédiatement ;

  • se compare constamment aux autres ;

  • minimise ses réussites ;

  • considère une note de 16/20 comme un échec ?

Plusieurs « oui » peuvent indiquer qu’il vaut la peine d’observer la place prise par le perfectionnisme dans son quotidien.

3. Se critiquer avant que les autres ne le fassent

Chez les enfants plus âgés et les adolescents, l’autodérision peut parfois servir de protection.

Dire :

« De toute façon, je vais complètement rater ce contrôle »

permet presque de prendre les devants : si l’échec arrive, il fera peut-être moins mal.

L’enfant peut également avoir appris qu’il était socialement plus prudent de minimiser ses réussites ou son apparence.

L’objectif n’est donc pas seulement de supprimer les phrases négatives. Il faut essayer de comprendre à quoi elles servent.

4. Les critiques et le harcèlement

Lorsqu’un enfant entend régulièrement des remarques blessantes sur son physique, son intelligence, ses capacités ou sa personnalité, il peut finir par les intégrer à son propre dialogue intérieur.

La question importante devient alors :

« Est-ce vraiment ce que tu penses de toi, ou est-ce quelque chose que quelqu’un t’a fait croire ? »

Si vous soupçonnez du harcèlement, cherchez à comprendre ce qui se passe à l’école, dans les activités extrascolaires et en ligne.

Comment réagir lorsqu’il dit « Je suis nul » ?

Évitez le match de ping-pong :

— « Je suis nul. »


— « Mais non ! »


— « Mais si ! »


— « Je t’assure que non ! »

Essayez plutôt :

« Tu as l’air vraiment déçu. Qu’est-ce qui te fait penser ça ? »

Vous reconnaissez ainsi l’émotion sans confirmer le jugement négatif.

Puis cherchez ensemble une formulation plus précise.

« Je suis nul en maths » peut devenir :

« J’ai du mal avec les équations en ce moment. »

Et cette phrase ouvre immédiatement une possibilité :

« Qu’est-ce qui pourrait t’aider à mieux les comprendre ? »

Exercice : le détective des pensées

Prenez une feuille et tracez quatre colonnes.

1. Ce qui s’est passé


J’ai eu 11/20.

2. Ce que ma petite voix a dit


Je suis nul.

3. Les preuves pour et contre


J’ai raté cet exercice, mais j’avais eu 16 au contrôle précédent.

4. Une pensée plus juste


Je n’ai pas réussi ce contrôle comme je le voulais. Je peux comprendre mes erreurs et progresser.

Le but n’est pas de remplacer chaque pensée négative par une phrase artificiellement positive.

On ne cherche pas :

« Je suis extraordinaire dans tout ce que je fais ! »

On cherche une pensée plus exacte, plus nuancée et plus utile.

Faites attention à votre propre petite voix

Les enfants apprennent aussi en nous observant.

Imaginez que vous brûliez le dîner et déclariez :

« Je suis vraiment nul en cuisine ! »

Vous pouvez vous reprendre :

« Bon… j’ai raté ce plat. Ça arrive. La prochaine fois, je mettrai le minuteur. »

Vous venez de montrer quelque chose d’essentiel : une erreur est une information, pas une identité.

Même principe pour l’apparence physique. Se critiquer constamment devant son enfant — « je suis grosse », « j’ai l’air horrible », « je déteste mon corps » — peut contribuer à normaliser un dialogue très dur envers soi-même.

Valorisez autre chose que le résultat

Essayez de ne pas réserver vos réactions les plus enthousiastes aux bonnes notes, victoires et récompenses.

Remarquez également :

  • la persévérance ;

  • la curiosité ;

  • la gentillesse ;

  • le courage d’essayer ;

  • la capacité à demander de l’aide ;

  • la façon de rebondir après une erreur.

Un enfant doit progressivement comprendre :

« Ma valeur ne dépend pas uniquement de mes performances. »

Un petit défi familial

Pendant une semaine, chaque membre de la famille repère une phrase excessivement critique qu’il prononce sur lui-même.

À chaque fois :

STOP → PRÉCISION → ACTION

« Je suis nul. »

→ STOP

« J’ai raté cet exercice. »

→ PRÉCISION

« Je vais demander qu’on me réexplique la méthode. »

→ ACTION

Les adultes jouent aussi !

Quand faut-il davantage s’inquiéter ?

Une phrase négative occasionnelle fait partie de la vie.

Soyez davantage attentif si l’autocritique devient persistante ou envahissante, si votre enfant évite des activités par peur d’échouer, si cela affecte l’école ou ses relations, ou si vous observez parallèlement des changements importants d’humeur, de sommeil, d’alimentation ou de comportement.

Dans ces situations, il est préférable d’en parler avec un professionnel qualifié afin de comprendre ce qui se passe.

Et si votre enfant évoque le fait de vouloir mourir, de disparaître ou de se faire du mal, ces propos doivent toujours être pris au sérieux et nécessitent une aide immédiate adaptée à la situation.

À retenir

L’objectif n’est pas d’apprendre à votre enfant à penser que tout est formidable.

Il s’agit de lui apprendre quelque chose de beaucoup plus utile :

une pensée n’est pas nécessairement un fait.

« J’ai échoué » ne signifie pas « je suis un échec ».

« J’ai fait une erreur » ne signifie pas « je suis nul ».

Et cette petite distinction peut devenir une compétence précieuse pour toute la vie.


Pour continuer à s’entraîner

Vous pouvez télécharger gratuitement la fiche de suivi des pensées autocritiques de Toi en mieux pour aider votre enfant à repérer puis reformuler ses pensées.


Pour un travail plus progressif, Mon journal contre les pensées négatives propose des exercices guidés pour apprendre à identifier l’autocritique et développer un dialogue intérieur plus équilibré.


Sources

  • American Psychological Association — Perfectionism in Childhood and Adolescence, Gordon L. Flett & Paul L. Hewitt.

  • Child Mind Institute — How to Help Kids Who Are Too Hard on Themselves.

  • American Psychological Association — recherches sur perfectionnisme, environnement familial et fonctionnement psychologique chez les jeunes.

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Les pensées négatives et les stratégies pour s'en débarrasser sont développées dans les journaux contre les pensées négatives, en version papier et numérique :


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L'autodérision

Parfois, l'autodérision "Je vais tellement rater ce contrôle" ou "Je suis vraiment obèse" peut être une forme de protection sociale. Pour les enfants plus âgés en particulier, la sphère sociale devient vraiment importante. Dans certains milieux sociaux, il n'est pas toujours bien vu d'être celui ou celle qui réussit en classe, et l'obsession des apparences peut être un moyen de s'intégrer aux autres enfants. Ou peut-être l'enfant essaie-t-il de couper l'herbe sous le pieds de ses camarades en faisant d'abord des déclarations négatives sur lui-même


La recherche d'attention

Parfois, les enfants peuvent s'engager dans un discours négatif, verbalisé à haute voix, dans une tentative de manipuler les autres ou dans un effort pour attirer l'attention. Par exemple, un enfant peut essayer de culpabiliser ses parents en parlant de l'enfant horrible qu'il est et de la façon dont il mérite d'être puni.


Le manque de résilience

Dans certains cas, la pensée autocritique peut être le signe d'un manque de résilience. Si les enfants réagissent régulièrement aux déceptions par un discours négatif sur eux-mêmes qui est hors de proportion avec les déceptions particulières, cela peut conduire à éviter certaines expériences ainsi qu'à un manque de motivation pour persévérer face aux difficultés.


Le harcèlement

Si un enfant est harcelé, il peut être facile pour lui d'intérioriser les insultes qui lui sont adressées. Il suffit de lire le roman "Six contre un" de Cécile Alix pour se rendre compte à quel point l'enfant harcelé finit par croire ses agresseurs (livre conseillé aux plus de 11 ans).


livre sur le harcèlement scolaire

Quand s'inquiéter

Pris isolément, un discours négatif est naturel et ne doit pas susciter d'inquiétude. Mais il peut aussi être la preuve d'une faible estime de soi, d'un trouble de l'apprentissage, d'une anxiété ou d'une dépression. Il est important de surveiller ces signes :


  • Le dialogue intérieur négatif est persistant et envahissant,

  • Il n'est pas fondé sur la réalité. Par exemple, votre enfant est invité à jouer mais s'inquiète toujours que personne ne l'aime, ou il réussit toujours les tests d'orthographe mais reste anxieux d'échouer,

  • Cela a un impact sur les relations de l'enfant ou sur son travail scolaire,

  • Les habitudes alimentaires et/ou de sommeil de votre enfant ont changé,

  • Il ou elle fait des déclarations persistantes et vagues "Je ne me sens pas bien" en l'absence de symptômes physiques.


Non traité, un discours intérieur négatif persistant peut conduire à la dépression.



Ce que les parents peuvent faire pour aider

Voici quelques moyens de libérer les enfants des pensées négatives et de les éloigner des discours autodestructeurs :


  • Écoutez.

Il peut être tentant d'ignorer un enfant qui exprime pour la première fois des sentiments négatifs, mais il est préférable de réagir en demandant par exemple à l'enfant pourquoi il dit cela. Sans juger, offrez-lui la possibilité de parler de ses inquiétudes et essayer de découvrir ce qui se passe.


  • Proposez une approche réaliste.

Il est déconseillé de lutter contre l'autocritique par une "pensée positive" trop optimiste. Mieux vaut adopter une approche plus réaliste.


Ainsi, si un enfant dit qu'il est sûr que personne ne lui parlera lors de son premier jour dans une nouvelle école, ne lui dites pas : "Le premier jour d'école va être génial et tu vas te faire des tas d'amis". Au lieu de cela, vous pourriez lui dire : "Le premier jour d'école sera peut-être un peu effrayant, mais avec le temps, tu te feras probablement des amis dans cette école".


  • Mettez tout cela en contexte.

Les adultes peuvent aider en parlant avec les enfants d'une manière qui contextualise leur expérience et offre une perspective plus large. Aidez-les à identifier précisément ce qui les a bouleversés, ou ce qui les a poussés à faire telle autocritique, et à reconnaître qu'une mauvaise expérience n'équivaut pas au pire dans quelque chose.


  • Donnez l'exemple d'un dialogue intérieur réaliste et positif.

Essayez d'arrêter de faire votre autocritique aussi. Ne vous focalisez pas sur les erreurs que vous avez commises, et ne vous inquiétez pas à voix haute de votre poids devant votre enfant. Il est nécessaire de donner l'exemple d'une estime de soi positive à ses enfants. Vous pouvez également raconter des passages de votre propre vie à votre enfant. Qu'il s'agisse d'un exemple embelli ou entièrement factuel, vous pouvez proposer un modèle non anxieux et un langage de soi plus réaliste.


  • Corrigez-vous devant l'enfant.

Lorsque vous vous surprenez à faire une déclaration négative sur vous même devant l'enfant, saisissez l'occasion pour créer un moment d'apprentissage précieux. Imaginions que vous ayez laissé brûler quelque chose et que vous disiez de frustration : "Mais quel/le mauvais/e cuisinier/e !" Continuez la conversation devant votre enfant en disant quelque chose comme "En fait, je suis plutôt bon/ne cuisinier/e la plupart du temps, j'ai juste gâché ce plat mais ce n'est pas la fin du monde".


  • Contactez l'école.

Si votre enfant est à l'école, renseignez-vous auprès de ses professeurs sur ce qu'ils ont pu percevoir. Leur point de vue peut vous aider à avoir une vision plus complète de la situation.


  • Demandez l'aide d'un professionnel.

Si le comportement est persistant et a un impact négatif sur la vie de votre enfant, ou s'il est lié à d'autres changements d'humeur et de comportement troublants, il est peut-être temps d'obtenir une évaluation pour aider à déterminer la cause du problème.


Pour aller plus loin, voici deux posters gratuits sur les pensées négatives :


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Et une fiche gratuite à télécharger pour suivre ses pensées autocritiques :


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